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Du Cap Finistère à Muros

by Pascal Bouche on May 30, 2010
Nous pouvons goûter aux joies du trimaran. Manger à la table de cockpit, dans une forte houle, sans jongler à tout maintenir à sa place. Déjà, le cap s'éloigne et le vent commence à forcir. A l'approche de la baie de Muros, il oscille entre 25 et 30 noeuds et remonte vers le nord. Nous deviendrons coutumier du fait par la suite. Les brises thermiques sont impressionnantes et rythmes la journée. Le matin, le vent est absent. A partir de midi, il commence à souffler de secteur Nord ou Est. Il monte crescendo pour atteindre son apogée entre 16 et 18 heures. Il peut atteindre les 30 noeuds et même les dépasser. Ensuite, il tombe. Plus rien ! Zéro ! Nada ! Il réapparaîtra vers les 21 heures, 22 heures au plus tard. Il sera de secteur Sud ou Ouest. Il atteindra son point culminant vers les 2 heures du matin. A partir de 3 heures, si vous êtes dans un mouillage mal protégé par ces secteur, vous pourrez enfin aller vous recoucher. Il aura complètement disparu. La première fois, ça surprend. Nous le découvrirons dans cette baie...

Pour le moment, nous négocions notre entrée et passons d'une route au largue vers une route au près pour entrer dans la baie qui est orientée est-nord-est. Le vent est passé au Nord et il souffle à 30 noeuds. Bien sûr, nous avons tout dehors et la houle qui est elle toujours de nord-ouest accentue nos départs au lof. Heureusement les montagnes de Muros viennent très vite nous protéger et la houle disparaît. Le trimaran se remet à plat. Il est redevenu maniable et nous profitons de cet accalmie pour en tirer les premiers enseignements sur la navigation côtière en Espagne.

Avant de changer d'allure, bien vérifier quelles sont les conditions en présence. Au passage du Cap Finistère, nous étions au près avec 10 à 15 noeuds de vent apparent. Le vent passant de l'est au nord pendant la journée et nous, faisant du plein sud, notre allure était passée au fur et à mesure au largue pour finir grand largue. Aussi, nous n'avions pas senti la montée du vent. La houle étant derrière nous, elle nous poussait sans nous inquiéter. Par contre, pour embouquer la passe pour la baie de Muros… Passant du grand largue au près… Toutes ces conditions auraient du nous alerter sur une entrée un peu musclée. De plus, un cap créant son propre vent, ceci n'arrange rien. Par la suite, j'ai vu plusieurs catamarans entrer uniquement sous voile d'avant. Eux aussi avaient du se faire surprendre. En Espagne, les vents oscillent entre zéro noeud et 35 noeuds et passent par tous les secteurs et ceci en moins de 24 heures. Une fois ceci intégré, vous pouvez, à partir de vos besoins en vent, en force et en secteur, calculer au mieux votre navigation de la journée tel « le vieil homme et la mer ».

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Suivant les guides, nous sommes allés directement à Portosin, choix non judicieux nous le verrons. Portosin se traduit littéralement par "Sans Port". Et, je le confirme. Hormis si vous payez pour être amarré dans la marina, le mouillage est a déconseiller. En tout cas, pour les vents soufflant entre 300° et 90°, conditions assez fréquentes dans la région. Au moins une fois par jour et ce n'est pas du belgicisme. Si vous vous mettez proche de la baie, juste derrière le brise clapot en béton, vous serez protégé des autres secteurs mais très proches de la Terre. Nous y sommes restés 5 jours.

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Juste le temps de tisser nos premiers liens et d'aller visiter Santiago de Compostello.

Visite de Saint Jacques de Compostelle

Un bus vous conduit directement de Portosin à Noïa. Et à partir de Noïa, directement vers Santiago. La ville de Muros est plus adaptée pour cette escapade car des bus partent régulièrement en direction de Santiago et ce, sans changement. Détail important quand vous vous dites de prendre l'un des premiers bus pour Noïa afin de profiter de la journée avec les enfants et que vous vous retrouvez à attendre plus d'une heure car, hélas pour vous, c'est jour de fête… Nous sommes le premier mai !

Si vous n'avez pas la patience ou des enfants qui vous regardent avec des yeux ronds, vous pouvez vous rabattre sur le taxi. La course vous coutera 45 € au lieu des 25 € du bus. La « course » porte bien son nom. Je ne savais pas qu'en Espagne les panneaux indiquaient des limitations de vitesses minimales. Là, pas moins de 70 km/h. Là, pas moins de 120 km/h. Notre chauffeur respecte ces consignes au pied de la lettre. J'ai même cru que, dans un excès de ferveur, il n'aille dépasser par le bas côté, un automobiliste imprudent flirtant avec les 70 km/h réglementaires. 20 minutes plus tard, nous étions dans la vieille ville de Saint Jacques, les estomacs retournés et les jambes tremblotantes. Sont-ce les symptômes du pèlerin ?

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Nous trouvâmes ce que nous redoutâmes. Des pèlerins-touristes ou des touristes-pèlerins, je ne sais pas trop. Signe des temps, les coquilles Saint Jacques ont laissé la place à cette marque spécifique de reconnaissance du pèlerin moderne : « Quechua » ! Les "Quechua-Pèlerins", habillés de pieds en cape jusqu'au sac-à-dos, par le temple de l'exploit sportif pour toutes les bourses : Décathlon !

La cathédrale a perdu de sa grandeur. Les couleurs superbes à une autre époque ont totalement disparues. Même les vitraux sont devenus blancs. La ferveur est réelle au sein de l'établissement mais exempte à l'extérieur. Les enfants se sont fait piétiner. Nous, bousculer. Tout cela pour prendre une photo ou filmer le sempiternel encensoir. Nous n'échapperons pas à la règle. Nous n'avons pu voir les reliques de Saint Jacques étant donné le nombre de pèlerins qui s'y agglutinaient. On nous a parlé des richesses présentes dans cette crypte, de l'argent massif, des rubis et… des urnes pour les offrandes. Un ami en est ressorti avec ce commentaire :"Si la ferveur a une odeur, c'est celle du fennec ! Qu'est-ce que ça sent la-dedans !".

Par respect pour tous les pèlerins, je dirais simplement : "Peu importe l'endroit où tu te rend. Seul compte le chemin que tu parcours pour t'y rendre."

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Le seul endroit où nous avons "ressenti" quelque chose de particulier fut dans la petite chapelle attenante à la cathédrale, la chapelle de Sainte Carmen. Carmen, jeune martyre, protectrice des enfants et des pêcheurs… Les deux "mamelles" de l'Espagne ! L'ambiance y était douce et délicate. Yvane et moi, nous nous sommes faits la même réflexion. Nous avions l'impression d'être avec des "anges". Comme quoi, tout n'est pas perdu. ;-)

Bien sûr, pour le côté historique, la ville vaut le détour. Mais que de marchands… Pour anecdote, je citerai celle des femmes habillées traditionnellement. Elles avaient des robes et des chapeaux qui ont attiré nos regards. Avec les enfants, nous les avons suivies. Nous voulions les filmer et essayer de nouer un premier contact. Juste au moment de les rejoindre, elles sont entrées dans un établissement. La porte s'est refermée sur nous. Dessus, il était inscrit en grand et en rouge : Burger King ! Tout est dit !

Revenus à Portosin, nous avons du quitter notre mouillage devenu inconfortable et trop dangereux pour rejoindre un abris temporaire, Muros. Ce mouillage est beaucoup plus protégé. Seul le vent de Sud-Est peut poser des problèmes. S'il vient à souffler, vous pourrez faire comme nous, aller vous protéger derrière les parcs à clams et autres coques. Comme brise clapot, on ne fait pas mieux.

Nous avions des rendez-vous à Portosin que nous n'avons pu honorer à cause du mauvais temps. J'espère qu'ils nous pardonneront… Comme dit l'adage : « Va où le vent te mène... ». Et ne mouille pas où il te malmène.

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La ville de Muros est à l'image de Saint Jacques de Compostelle en architecture. Ils ont même poussé la ressemblance en faisant une entrée à leur "mercado" identique à celle de Saint Jacques. Le mercado est ce que nous appelons la criée. Elle est ouverte tous les matins de 9 heures à midi. Par contre, comme dans beaucoup d'autres endroits en Galice, ils semblent avoir oublié leur histoire. Du moins celle d'avant les romains...

Nous y sommes restés une semaine, le temps de découvrir grâce à nos "Ptits Reporters" la légende bien enfouie que voici…

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Au bout de la baie de Muros, il y a une ville : Noïa, qui veut dire "Sauvé des eaux !". Noïa, Noé, il n'y a qu'un pas qu'ont franchit certains historiens. Ils vont jusqu'à supposer que ce sont des descendants de la "sacro-sainte" famille de Noé qui sont venus s'installer là en 23 332 avant JC. Eux au moins, ils sont précis ! Tiens, nous retrouvons un mythe parlant d'une famille arrivée sur le sol Espagnol il y a plus de 25 000 ans ?!

La ville de Muros qui est située à l'entrée de la baie dispose encore de vestiges du néolithique avec des calendriers solaires et lunaires remarquables. Ils sont datés de 3 à 4000 ans avant JC. De l'autre côté de la baie, on a retrouvé des sépultures et même un mini dolmen. Celui-ci daterait de plus de 4000 ans. Rien avoir avec les 25 000 ans annoncés par les légendes. Pourquoi 25000 ans d'ailleurs ? La seule explication que j'ai trouvée est le cycle majeur qui est de 24 000 ans. Tous les 24 000 ans, nous changerions d'ère. Vous vous souvenez des Incas ? Nous serions dans la cinquième ère et celle-ci se terminerait en 2012. D'autres parlent de cycles mineurs de 12 000 ans plus ou moins. Tous les 12000 ans, la terre connait de très grandes perturbations qu'on assimilerait à des déluges. Le dernier aurait eu lieu, selon la plupart des scientifiques, entre 9500 et 10000 ans avant JC. Les légendes, les grands cycles, les scientifiques, tous semblent donner des dates similaires. C'est d'ailleurs ce qui a convaincu les "adeptes" de la théorie de l'Atlantide pour identifier les géants comme étant les "sauvés des eaux" de leur continent à jamais englouti… Sans corroborer cette théorie, je note que Noé est décrit dans l'ancien testament comme étant un homme de très grand taille… Déluge, géants, être civilisés habitant des terres disparues, à chacun de se faire son avis. Noïa et la rivière qui porte ce nom sont-ils des vestiges de ces temps révolus ?

La baie de Muros vaut vraiment le détour. Les enfants ont tout particulièrement apprécié les rencontres avec les familles de dauphins qui y séjournent. Nous avons même vu un bébé dauphin. C'était la première fois que j'en voyais un. Il est venu nous voir avec sa maman à notre mouillage de Portosin. Son papa faisait des tours un peu plus au large, surveillant de loin cette rencontre entre enfants. Instants magiques et inoubliables.

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Version 11.1 last modified by Pascal Bouche on 30/05/2010 at 00:40

Creator: Pascal Bouche on 2010/05/30 00:18
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