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Nos aventures à Cangas, ville que l'on ne peut quitter
by Pascal Bouche on Jul 11, 2010
Esperanza nous fait des signes depuis le quai. Je descend du trimaran et lui ouvre la porte. Tous les pontons sont fermés au publique. Les marinas sont très « privées » en Espagne. Elles sont aussi le lieu où se retrouvent les personnes aisées. Plus qu'en France, la voile est réservée à une élite. Ils passent une bonne partie de leur temps à nettoyer leur bateau ou, nec plus ultra, à le faire nettoyer par une entreprise spécialisée dans le domaine. Au début, nous pensions qu'il s'agissait du nettoyage de printemps ou d'une manifestation spéciale. En fait, hormis la sortie du week-end, la plupart sous génois uniquement, il n'y a rien de spécial. Et le nettoyage se renouvelle après chaque sortie. Ils ont le mérite de sortir tous les week-end. Par contre, ils ne s'aventurent guère au-delà des îles atlantiques dont « Illa de Ons », la plus au nord et « Illa San Martiño, la plus au sud. Tout ceci sur des unités toujours autour de 50 pieds. Ils ne dorment pas dessus où très rarement. Beau day-boat ! C'est la première fois que je vois naviguer des voiliers uniquement sous génois et ce, même si le vent ne dépasse pas les 10 noeuds...
Mais revenons à Esperanza qui nous rejoint sur le bateau avec Petula. Elle est venue nous chercher pour notre diner d'Adieu. Avant de partir, elle offre aux enfants des bijoux de fantaisie de sa création. Nous apprenons qu'Esperanza est une artiste reconnue dans la région. Du cuir, des perles indiennes, du tissu, des rubans, du métal, des plumes, de la nacre,… Le tout viendra composer une oeuvre originale et unique dont elle seule a le secret. Elle sculpte et peint aussi. Toutes ses créations sont vendues dans différentes boutiques de la région Nous aurions aimé visiter son atelier… Hélas, demain nous partons.
Photo de Petula découvrant ses cadeaux…
Il est 21 heures ! Allez, on y va ! Nous allons être en retard sinon. Un comble, non ? Nos amis habitent au premier étage d'un immeuble situé dans le haut de Cangas juste à côté d'un ancien lavoir. Pour l'occasion, j'ai sorti mon avant-dernière bouteille de rouge. Un magnum de bordeaux supérieur, millésime 2000. Bio en plus ! Nous la mettons à décanter et je croise les doigts pour qu'elle soit « buvable ». Nous passons au salon, faisons connaissance des personnes présentes, parcourons le site de Globe2Child ensemble. Ils me parlent de leur métier ; les enfants jouent. L'heure du repas a sonné : il est 22 heures ! Jorger, notre hôte, nous présente les plats qui sont tous de la région : Pulpo à la Cangas, Salade mixte, Navajas des îles de Cies (couteaux), Tortilla espagnola (très différente de la tortilla frances, vulgaire omelette. Là, il y a de la « patata » en plus. Ça change tout), Cervezas Mahou et les fameux pimiento « du chef » (petits piments verts délicieux). Tout est un régal. Notre vin fut à la hauteur des mets qui nous fument servis ! La soirée s'est terminée avec POKOYO, vedette des petits espagnols ! Uruhann a craqué, Jorger aussi d'ailleurs ;-) La soirée se termine vers 1 heure du matin et Esperanza, Alberto, son mari, et un de leurs amis, nous accompagnent jusqu'au ponton, des fois que nous nous perdions. C'est étonnant au combien les espagnols sont gentils, serviables et attentionnés. Nous sommes réellement impressionnés. Nous sommes aux frontières de la France et la Galice semble être une véritable terre d'accueil. Je comprends mieux pourquoi de grands écrivains chiliens comme Francisco Coloane sont venus s'installer dans la région. C'est vrai que nous sommes dans le nord de l'Espagne. A croire que les chtis de tous pays sont sympas !
Uruhann se prépare !
Il est 10 heures du matin. Nous sommes le mercredi 2 juin. Il est temps de partir. Jorger est venu nous dire Adieu sur le ponton. Une dernière blague sur notre vin qui l'a empêché de dormir tellement il avait mal à la tête et nous larguons les amarres. L'opération se déroule sans difficulté et nous quittons le port de Cangas avec nos premiers pincements au coeur. Uruhann pleurt à chaudes larmes en voyant s'éloigner son ami « Tivio », marin travaillant à la capitainerie. Nohann se cache dans sa couchette et commence aussi à pleurer. Notre étrave se tourne vers le large. Yvane range les haussières. Je prépare la manoeuvre pour hisser la grand-voile. Nous sommes tous les deux à nos pensées, à nos souvenirs. Quelles superbes escales… Punta Lagoa, Cangas...
Uruhann au réveil !
La grand voile est haute et le vent monte. Il se stabilise à 14 noeuds par le travers. Nous mettons le génois et coupons le moteur. Quetzalcoatl s'appuit sur son flotteur et le voilà à nouveau au-dessus des 10 noeuds. Le vent apparent est au 90°. Son allure préférée. Nous arrivons vite à la hauteur des îles de Cies. Uruhann dort dans sa cabine et les filles sont sorties dans le cockpit. Nohann pleurt toujours et Galahann a un peu le mal de mer. Le vent monte à 18 noeuds. Je me demande si nous ne devrions pas prendre un ris avant d'être au large des îles de Cies. En même temps, nous allons abattre pour descendre vers le Portugal. A peine cette idée me traverse l'esprit que le pilote décroche. Je saute sur la barre et essaie de récupérer le départ au lof. Horreur, la barre ne répond pas ! Nous venons de la perdre la barre !!! Yvane commence à connaître la manoeuvre. Comme nous ne pouvons bouger la barre, le bateau vient de lui même bout au vent ce qui est une bonne chose ! Aussi, nous enroulons le génois et mettons le moteur pour éviter d'être emmené par le courant vers la terre toute proche. Lorsque le bateau est stabilisé, je descend dans la cale moteur. Cette fois, ce n'est pas la tige du vérin qui s'est désolidarisée du secteur de barre mais une fixation de l'hydraulique qui s'est déserrée. Le tuyau est par terre et la cale baigne dans l'huile… Je m'empresse de prendre notre sacrosainte clés anglaise pour essayer de resserrer le boulon sur la tige. Il y a une olive entre les deux. Étrange ?! Avec une olive, si c'est bien serré, c'est impossible que cela se détache ? Bon, nous verrons cela plus tard. Pour le moment, le bateau dérive vers la côte… Je serre au maximum. Je m'empare d'un reste de bidon d'huile hydraulique pour remplir la barre principale. Je croise les doigts que cela suffise. Quelques minutes plus tard, la barre fonctionne à nouveau. Par contre, je n'ai pas assez d'huile pour remplir le bol du pilote qui lui est complètement vide.
Bon alors, que faisons nous ? On descend sur Viana do Castello qui est encore à 30 miles ? Ou on s'arrête à Baiona qui est à quelques miles ? Ou nous revenons à Cangas ?
L'avantage de Cangas c'est que nous connaissons déjà du monde dont Alberto, le responsable de Nodosa...
Ok, on retourne sur Cangas
Il est 13 heures 30 et nous entrons à nouveau dans le port de Cangas. Cette fois, nous mouillerons l'ancre car il n'y a plus de place pour nous. Le propriétaire de la place que nous occupions étant revenu. Nous mouillons de telle sorte que l'arrière du bateau soit proche d'une bouée que nous prenons afin d'éviter de tourner autour de notre ancre ce qui occasionnerait un bouchon dans le port et empêcherait les navettes Cangas-Vigo de passer. 14 heures, nous coupons le moteur et appelons notre ami Alberto. En plus, nous remarquons une nouvelle fuite d'électricité dans le négatif. Encore plus forte que la fuite précédente. C'est pas notre jour. Alberto et son équipe viendront demain matin.
Inutile de vous décrire le moral de l'équipage… Enfin pas tout l'équipage car la partie jeune de celui-ci est ravie. Heureuse de revenir dans cette ville formidable. Nous finirons la journée sur les jeux pour les enfants, histoire d'oublier...
Le lendemain, Yvane ira à la plage avec la famille de Jorger pendant que l'attendrait désespérément Alberto et son équipe. Il nous avertira tard dans la soirée qu'ils ne peuvent venir aujourd'hui. Rendez-vous est pris pour demain. Tout n'est pas perdu. J'ai nettoyé la cale moteur de fond en comble. Retiré toutes les poussières et autres restes d'aluminium des modifications de Claude sur la jaumière. Aspiration de l'huile et nettoyage aux produits bio de notre partenaire Green Plaisance. Et voici une cale saine et propre où nous pourrions manger par terre. Cela me remonte un peu le moral. Corvée d'eau et me voici, cheveux au vent, à pleine balle, traversant le port pour rejoindre les enfants qui m'attendent pour revenir au bateau.
Vendredi 4 juin, 10 heures. Alberto et son équipe sont à pied d'oeuvre. Le responsable hydraulique dans la cale moteur avec l'électricien. Le premier répare et vérifie tous les branchements. Lorsqu'il eut fini sa réparation, il m'expliqua comment vérifier et changer des pièces. Pièces qu'il me donnera en cadeau. L'électricien trouve la fuite : le guindeau ! Et oui, la fuite de notre alternateur était en fait une fuite du guindeau. Le capot de celui-ci, quand il est fermé, faisait contact avec le négatif. Comme la batterie à laquelle il est connecté est en directe avec l'alternateur… Après 7 mois de recherche, les équipes de Nodosa ont trouvé la fuite ! Depuis, même quand je suis au moteur, j'ai les voyant qui sont au vert. Ce qui, selon notre électricien, était impossible car l'alternateur fuirait tout ce qu'il peut s'il tourne. Nous avions même accepté ce fait. Nous rassurant sur un usage minimal du moteur et donc, un impact minimal sur notre bateau...
Lorsque nous avons fait les tests et que j'ai compris qu'il n'y avait plus aucune fuite et ceci, même si le moteur est ou non allumé, ou que tout soit ou non connecté, j'ai eu la larme à l'oeil, une vraie envie de pleurer. J'étais tellement content d'arrêter ce flux qui rongeait les entrailles de Quetzalcoatl ! J'ai remercié l'électricien et Alberto. Ils ne se rendent pas compte du bonheur que cela m'a procuré. Enfin, je pouvais dormir sur mes deux oreilles. Quetzalcoatl ne se faisait plus manger de l'intérieur. Merci à vous. Merci.
Étant donné le savoir faire des équipes de Nodosa, je me risque à demander à Alberto un avis sur notre jaumière et surtout, je lui montre notre barre de secours. Celle-ci est inutilisable sous voile. Effectivement, les écoutes de la grand-voile ne peuvent passer d'un bord sur l'autre si celle-ci est à poste. Il prend son téléphone et me répond : « Un mécanicien spécialisé en système de direction va venir d'ici un quart d'heure. » Quinze minutes plus tard, notre spécialiste descend dans la cale moteur. Il rend son verdict et Alberto, avec toute sa gentillesse, essaie de m'expliquer sans me blesser.
Nous ferons encore beaucoup de rencontres et nous quitterons notre mouillage dans le port pour mouiller face à la plage de Cangas. Effectivement, par deux fois, notre ancre a chassé. La première fois à cause d'un vieux filet pris dans notre ancre ; la seconde fois, une montagne d'algues et de plastiques en tout genre. Le mouillage face à la plage de Cangas n'est pas idéal. On est bien protégé du nord-ouest au nord-est mais les bateau-bus créent des vagues qui vous bousculent tous les quarts d'heure. Comme nous avons maintenant beaucoup d'amis, nous choisissons d'y rester jusqu'au moment où nous devrons rejoindre les chantiers de Nodosa à Marin. Le devis n'arrivant pas et Alberto nous indiquant qu'il a un créneau à partir du 22 juin, nous mettons le cap sur la ria de Pontevedra le 21 au matin. Le trajet fut sportif car le vent soufflait entre 25 et 30 noeuds plein Nord. Nous étions bout au vent pour remonter le passage qui sépare les îles de Cies à la côte espagnole. La houle atteignait les 3 mètres et je craignais que quelque chose ne lâche. La côte étant toute proche, avec un courant de marée montante, face au vent… Je serre les fesses et prie tous les dieux pour que tout tienne le coup le temps d'entrer dans la ria de Pontevedra. Ce sera le cas. Juste 2, 3 coups de clés anglaise pour l'écrou de la tige de vérin, un peu d'hydraulique qui fuit, mais rien de plus. Lorsque nous entrons dans la ria de Pontevedra les éléments se calment. La houle brisée par l'île de Ons laisse la place à un petit clapot et nous touchons le vent par le travers, bâbord amure. J'hésite à envoyer le génois. Le vent tourne et passe à l'est. A nouveau dans le nez. Message bien reçu. J'ai pas envie de tirer des bords alors on continue au moteur. Nohann prend la barre. Je lui explique comment prendre un amer sur la côte et garder un cap. Nous arriverons vers 15 heures à Cambarro. Nous mouillons devant le brise clapot de la marina, mangeons et partons visiter ce village qui s'avéra magnifique. Peut-être un peu trop touristique mais superbe. Nous avions mouillé devant la marina, mais nous verrons par la suite qu'il est préférable de mouiller près de l'ancien village, derrière la marina, au fond de la baie. Le fond est à 2 mètres et nous sommes protégés de presque tous les secteurs. D'ailleurs plusieurs voiliers nous rejoindrons par la suite. Tous sous pavillons français, sauf un, hollandais.
Le lendemain,nous sortirons le bateau de l'eau au chantier Nodosa à Marin. Les réparations dureront une semaine et le travail effectué fut de taille. Les pièces tiennent de l'oeuvre d'art. La nouvelle jaumière est superbe. Je pense même en faire un poster que j'afficherai dans le carré tant cette pièce est belle. Le chantier en profite pour refaire l'antifouling, revoir la dérive, changer le système de fermeture des portes pour les rendre étanches, revoir la barre de secours… Parlons-en de cette barre que l'on n'utilise jamais « normalement ». Aujourd'hui, je peux la mettre directement depuis le cockpit et barrer comme si c'était une barre franche normale. Le travail réalisé est superbe. Le système a été étudié pour résister aux plus grandes contraintes. Les drosses sont de véritables tiges en acier inoxydables. Et pour couronner le tout, ils ont moussé une partie du bras arrière pour le rendre complètement étanche suite aux différentes transformations. Du coup, quand nous naviguons au moteur, nous n'avons plus aucun bruit à l'intérieur. Le bras vide faisait caisse de résonance. Ils ont aussi revu les fixations du système hydraulique et de la tige du vérin. Ils ont modifié la fixation du pilote et du bras de vérin. De plus, ils nous ont prêté l'appartement du frère d'Alberto pour nous héberger le temps des réparations. Ceci nous permit aussi de goûter aux joies d'une habitation sur terre, d'une baignoire. Ce qui me frappa le plus, c'est mon état quand je sus que Quetzalcoatl était hors de l'eau et ne craignais plus rien. Une pression dont je ne m'étais pas aperçu, disparue. Je n'étais plus en train de regarder si le vent tournait, s'il forcissait, si la météo changeait, si le mouillage tiendrait. Je n'étais plus à guetter au détour d'une rue le mât ou autre espar de Quetzalcoatl qui m'indiquerait sa présence. Je flottais, j'étais zen ! Pour la facture ? Nous attendons… Et pour les résultats sur les transformations ? Impressionnant ! J'ai une barre qui répond au millimètre. Lorsque je ne la bouge pas, le safran ne fait plus aucun écart. Je n'ai constaté aucune fuite que ce soit d'hydraulique ou autre.
Alberto, notre sauveur !
Toutefois, après notre remise à l'eau un peu rapide, nous décidons de passer quelques jours à Cambarro car le mouillage nous plait et qu'il faut complètement nettoyer le bateau. Car de ce côté, avec tous les bateaux en chantier autour de nous, l'état du bateau est déplorable. :-(
Après trois jours de nettoyage intensif, de peinture, et une soirée mémorable avec Alberto, Esperanza et Petula, nous devons repartir sur Cangas car les filles ont une invitation à honorer.
La navigation se déroule à 8, 10 noeuds de vent. Nous l'aurons presque toujours avec nous. Nous empannerons 4 fois sans soucis et nous pouvons renouer avec le plaisir de la voile. Quetzalcoatl file à 7 noeuds de moyennen et fera une pointe dans l'entrée de Cangas à 9 noeuds. Nous enroulons le génois, mettons bout au vent, descendons la GV et rejoignons notre mouillage houleux face à la plage. Il est 3 heures de l'après-midi, il fait 30 degrés, la vie est belle quand tout fonctionne à merveille. Enfin, j'ai quand même explosé une poulie. Celle du renvois de la première bosse de ris. De toute façon, je trouvais qu'elle ne travaillait pas bien. Le boute était toujours de biais à sa sortie pour s'enrouler sur le winch du mât… Résultat, elle a explosé. Voilà qui est réglé ! Il faudra trouver un autre système. Pour le moment, profitons de cette belle journée, le tour du monde ne fait que commencer…
Découverte des moulins de Cangas
Il est 21 heures ! Allez, on y va ! Nous allons être en retard sinon. Un comble, non ? Nos amis habitent au premier étage d'un immeuble situé dans le haut de Cangas juste à côté d'un ancien lavoir. Pour l'occasion, j'ai sorti mon avant-dernière bouteille de rouge. Un magnum de bordeaux supérieur, millésime 2000. Bio en plus ! Nous la mettons à décanter et je croise les doigts pour qu'elle soit « buvable ». Nous passons au salon, faisons connaissance des personnes présentes, parcourons le site de Globe2Child ensemble. Ils me parlent de leur métier ; les enfants jouent. L'heure du repas a sonné : il est 22 heures ! Jorger, notre hôte, nous présente les plats qui sont tous de la région : Pulpo à la Cangas, Salade mixte, Navajas des îles de Cies (couteaux), Tortilla espagnola (très différente de la tortilla frances, vulgaire omelette. Là, il y a de la « patata » en plus. Ça change tout), Cervezas Mahou et les fameux pimiento « du chef » (petits piments verts délicieux). Tout est un régal. Notre vin fut à la hauteur des mets qui nous fument servis ! La soirée s'est terminée avec POKOYO, vedette des petits espagnols ! Uruhann a craqué, Jorger aussi d'ailleurs ;-) La soirée se termine vers 1 heure du matin et Esperanza, Alberto, son mari, et un de leurs amis, nous accompagnent jusqu'au ponton, des fois que nous nous perdions. C'est étonnant au combien les espagnols sont gentils, serviables et attentionnés. Nous sommes réellement impressionnés. Nous sommes aux frontières de la France et la Galice semble être une véritable terre d'accueil. Je comprends mieux pourquoi de grands écrivains chiliens comme Francisco Coloane sont venus s'installer dans la région. C'est vrai que nous sommes dans le nord de l'Espagne. A croire que les chtis de tous pays sont sympas !
Uruhann se prépare !
Il est 10 heures du matin. Nous sommes le mercredi 2 juin. Il est temps de partir. Jorger est venu nous dire Adieu sur le ponton. Une dernière blague sur notre vin qui l'a empêché de dormir tellement il avait mal à la tête et nous larguons les amarres. L'opération se déroule sans difficulté et nous quittons le port de Cangas avec nos premiers pincements au coeur. Uruhann pleurt à chaudes larmes en voyant s'éloigner son ami « Tivio », marin travaillant à la capitainerie. Nohann se cache dans sa couchette et commence aussi à pleurer. Notre étrave se tourne vers le large. Yvane range les haussières. Je prépare la manoeuvre pour hisser la grand-voile. Nous sommes tous les deux à nos pensées, à nos souvenirs. Quelles superbes escales… Punta Lagoa, Cangas...
Uruhann au réveil !
La grand voile est haute et le vent monte. Il se stabilise à 14 noeuds par le travers. Nous mettons le génois et coupons le moteur. Quetzalcoatl s'appuit sur son flotteur et le voilà à nouveau au-dessus des 10 noeuds. Le vent apparent est au 90°. Son allure préférée. Nous arrivons vite à la hauteur des îles de Cies. Uruhann dort dans sa cabine et les filles sont sorties dans le cockpit. Nohann pleurt toujours et Galahann a un peu le mal de mer. Le vent monte à 18 noeuds. Je me demande si nous ne devrions pas prendre un ris avant d'être au large des îles de Cies. En même temps, nous allons abattre pour descendre vers le Portugal. A peine cette idée me traverse l'esprit que le pilote décroche. Je saute sur la barre et essaie de récupérer le départ au lof. Horreur, la barre ne répond pas ! Nous venons de la perdre la barre !!! Yvane commence à connaître la manoeuvre. Comme nous ne pouvons bouger la barre, le bateau vient de lui même bout au vent ce qui est une bonne chose ! Aussi, nous enroulons le génois et mettons le moteur pour éviter d'être emmené par le courant vers la terre toute proche. Lorsque le bateau est stabilisé, je descend dans la cale moteur. Cette fois, ce n'est pas la tige du vérin qui s'est désolidarisée du secteur de barre mais une fixation de l'hydraulique qui s'est déserrée. Le tuyau est par terre et la cale baigne dans l'huile… Je m'empresse de prendre notre sacrosainte clés anglaise pour essayer de resserrer le boulon sur la tige. Il y a une olive entre les deux. Étrange ?! Avec une olive, si c'est bien serré, c'est impossible que cela se détache ? Bon, nous verrons cela plus tard. Pour le moment, le bateau dérive vers la côte… Je serre au maximum. Je m'empare d'un reste de bidon d'huile hydraulique pour remplir la barre principale. Je croise les doigts que cela suffise. Quelques minutes plus tard, la barre fonctionne à nouveau. Par contre, je n'ai pas assez d'huile pour remplir le bol du pilote qui lui est complètement vide.
Bon alors, que faisons nous ? On descend sur Viana do Castello qui est encore à 30 miles ? Ou on s'arrête à Baiona qui est à quelques miles ? Ou nous revenons à Cangas ?
L'avantage de Cangas c'est que nous connaissons déjà du monde dont Alberto, le responsable de Nodosa...
Ok, on retourne sur Cangas
Il est 13 heures 30 et nous entrons à nouveau dans le port de Cangas. Cette fois, nous mouillerons l'ancre car il n'y a plus de place pour nous. Le propriétaire de la place que nous occupions étant revenu. Nous mouillons de telle sorte que l'arrière du bateau soit proche d'une bouée que nous prenons afin d'éviter de tourner autour de notre ancre ce qui occasionnerait un bouchon dans le port et empêcherait les navettes Cangas-Vigo de passer. 14 heures, nous coupons le moteur et appelons notre ami Alberto. En plus, nous remarquons une nouvelle fuite d'électricité dans le négatif. Encore plus forte que la fuite précédente. C'est pas notre jour. Alberto et son équipe viendront demain matin.
Inutile de vous décrire le moral de l'équipage… Enfin pas tout l'équipage car la partie jeune de celui-ci est ravie. Heureuse de revenir dans cette ville formidable. Nous finirons la journée sur les jeux pour les enfants, histoire d'oublier...
Le lendemain, Yvane ira à la plage avec la famille de Jorger pendant que l'attendrait désespérément Alberto et son équipe. Il nous avertira tard dans la soirée qu'ils ne peuvent venir aujourd'hui. Rendez-vous est pris pour demain. Tout n'est pas perdu. J'ai nettoyé la cale moteur de fond en comble. Retiré toutes les poussières et autres restes d'aluminium des modifications de Claude sur la jaumière. Aspiration de l'huile et nettoyage aux produits bio de notre partenaire Green Plaisance. Et voici une cale saine et propre où nous pourrions manger par terre. Cela me remonte un peu le moral. Corvée d'eau et me voici, cheveux au vent, à pleine balle, traversant le port pour rejoindre les enfants qui m'attendent pour revenir au bateau.
Vendredi 4 juin, 10 heures. Alberto et son équipe sont à pied d'oeuvre. Le responsable hydraulique dans la cale moteur avec l'électricien. Le premier répare et vérifie tous les branchements. Lorsqu'il eut fini sa réparation, il m'expliqua comment vérifier et changer des pièces. Pièces qu'il me donnera en cadeau. L'électricien trouve la fuite : le guindeau ! Et oui, la fuite de notre alternateur était en fait une fuite du guindeau. Le capot de celui-ci, quand il est fermé, faisait contact avec le négatif. Comme la batterie à laquelle il est connecté est en directe avec l'alternateur… Après 7 mois de recherche, les équipes de Nodosa ont trouvé la fuite ! Depuis, même quand je suis au moteur, j'ai les voyant qui sont au vert. Ce qui, selon notre électricien, était impossible car l'alternateur fuirait tout ce qu'il peut s'il tourne. Nous avions même accepté ce fait. Nous rassurant sur un usage minimal du moteur et donc, un impact minimal sur notre bateau...
Lorsque nous avons fait les tests et que j'ai compris qu'il n'y avait plus aucune fuite et ceci, même si le moteur est ou non allumé, ou que tout soit ou non connecté, j'ai eu la larme à l'oeil, une vraie envie de pleurer. J'étais tellement content d'arrêter ce flux qui rongeait les entrailles de Quetzalcoatl ! J'ai remercié l'électricien et Alberto. Ils ne se rendent pas compte du bonheur que cela m'a procuré. Enfin, je pouvais dormir sur mes deux oreilles. Quetzalcoatl ne se faisait plus manger de l'intérieur. Merci à vous. Merci.
Étant donné le savoir faire des équipes de Nodosa, je me risque à demander à Alberto un avis sur notre jaumière et surtout, je lui montre notre barre de secours. Celle-ci est inutilisable sous voile. Effectivement, les écoutes de la grand-voile ne peuvent passer d'un bord sur l'autre si celle-ci est à poste. Il prend son téléphone et me répond : « Un mécanicien spécialisé en système de direction va venir d'ici un quart d'heure. » Quinze minutes plus tard, notre spécialiste descend dans la cale moteur. Il rend son verdict et Alberto, avec toute sa gentillesse, essaie de m'expliquer sans me blesser.
- Voilà Pascal. Soit tu souhaites que j'intervienne. Alors, il faut tout refaire. Car ce qui a été fait là n'est pas permis. C'est du rafistolage. Et pour ta barre de secours, il faut que tu puisses t'en servir depuis ton cockpit et que tu puisses utiliser tes voiles. Donc, il faut tout revoir aussi.
- Ok. Je suis d'accord de sortir le bateau si on en a besoin pour faire les modifications. Mais j'ai déjà du utiliser 2 fois la barre de secours et par 2 fois, j'ai remercié le ciel que les conditions soient si clémentes. J'avoue que je ne sais pas du tout comment cela se serait passé si nous étions dans un temps plus « sportif ».
- Ok, Pascal. Il faut sortir le bateau et il y en a pour deux semaines de travail...
- Ah, quand même ! Tu peux me faire un devis ?
- Oui, sans problème.
- A partir de midi du matin !
- Ah, oui, c'est vrai, nous sommes en Espagne.
Nous ferons encore beaucoup de rencontres et nous quitterons notre mouillage dans le port pour mouiller face à la plage de Cangas. Effectivement, par deux fois, notre ancre a chassé. La première fois à cause d'un vieux filet pris dans notre ancre ; la seconde fois, une montagne d'algues et de plastiques en tout genre. Le mouillage face à la plage de Cangas n'est pas idéal. On est bien protégé du nord-ouest au nord-est mais les bateau-bus créent des vagues qui vous bousculent tous les quarts d'heure. Comme nous avons maintenant beaucoup d'amis, nous choisissons d'y rester jusqu'au moment où nous devrons rejoindre les chantiers de Nodosa à Marin. Le devis n'arrivant pas et Alberto nous indiquant qu'il a un créneau à partir du 22 juin, nous mettons le cap sur la ria de Pontevedra le 21 au matin. Le trajet fut sportif car le vent soufflait entre 25 et 30 noeuds plein Nord. Nous étions bout au vent pour remonter le passage qui sépare les îles de Cies à la côte espagnole. La houle atteignait les 3 mètres et je craignais que quelque chose ne lâche. La côte étant toute proche, avec un courant de marée montante, face au vent… Je serre les fesses et prie tous les dieux pour que tout tienne le coup le temps d'entrer dans la ria de Pontevedra. Ce sera le cas. Juste 2, 3 coups de clés anglaise pour l'écrou de la tige de vérin, un peu d'hydraulique qui fuit, mais rien de plus. Lorsque nous entrons dans la ria de Pontevedra les éléments se calment. La houle brisée par l'île de Ons laisse la place à un petit clapot et nous touchons le vent par le travers, bâbord amure. J'hésite à envoyer le génois. Le vent tourne et passe à l'est. A nouveau dans le nez. Message bien reçu. J'ai pas envie de tirer des bords alors on continue au moteur. Nohann prend la barre. Je lui explique comment prendre un amer sur la côte et garder un cap. Nous arriverons vers 15 heures à Cambarro. Nous mouillons devant le brise clapot de la marina, mangeons et partons visiter ce village qui s'avéra magnifique. Peut-être un peu trop touristique mais superbe. Nous avions mouillé devant la marina, mais nous verrons par la suite qu'il est préférable de mouiller près de l'ancien village, derrière la marina, au fond de la baie. Le fond est à 2 mètres et nous sommes protégés de presque tous les secteurs. D'ailleurs plusieurs voiliers nous rejoindrons par la suite. Tous sous pavillons français, sauf un, hollandais.
Le lendemain,nous sortirons le bateau de l'eau au chantier Nodosa à Marin. Les réparations dureront une semaine et le travail effectué fut de taille. Les pièces tiennent de l'oeuvre d'art. La nouvelle jaumière est superbe. Je pense même en faire un poster que j'afficherai dans le carré tant cette pièce est belle. Le chantier en profite pour refaire l'antifouling, revoir la dérive, changer le système de fermeture des portes pour les rendre étanches, revoir la barre de secours… Parlons-en de cette barre que l'on n'utilise jamais « normalement ». Aujourd'hui, je peux la mettre directement depuis le cockpit et barrer comme si c'était une barre franche normale. Le travail réalisé est superbe. Le système a été étudié pour résister aux plus grandes contraintes. Les drosses sont de véritables tiges en acier inoxydables. Et pour couronner le tout, ils ont moussé une partie du bras arrière pour le rendre complètement étanche suite aux différentes transformations. Du coup, quand nous naviguons au moteur, nous n'avons plus aucun bruit à l'intérieur. Le bras vide faisait caisse de résonance. Ils ont aussi revu les fixations du système hydraulique et de la tige du vérin. Ils ont modifié la fixation du pilote et du bras de vérin. De plus, ils nous ont prêté l'appartement du frère d'Alberto pour nous héberger le temps des réparations. Ceci nous permit aussi de goûter aux joies d'une habitation sur terre, d'une baignoire. Ce qui me frappa le plus, c'est mon état quand je sus que Quetzalcoatl était hors de l'eau et ne craignais plus rien. Une pression dont je ne m'étais pas aperçu, disparue. Je n'étais plus en train de regarder si le vent tournait, s'il forcissait, si la météo changeait, si le mouillage tiendrait. Je n'étais plus à guetter au détour d'une rue le mât ou autre espar de Quetzalcoatl qui m'indiquerait sa présence. Je flottais, j'étais zen ! Pour la facture ? Nous attendons… Et pour les résultats sur les transformations ? Impressionnant ! J'ai une barre qui répond au millimètre. Lorsque je ne la bouge pas, le safran ne fait plus aucun écart. Je n'ai constaté aucune fuite que ce soit d'hydraulique ou autre.
Alberto, notre sauveur !
Toutefois, après notre remise à l'eau un peu rapide, nous décidons de passer quelques jours à Cambarro car le mouillage nous plait et qu'il faut complètement nettoyer le bateau. Car de ce côté, avec tous les bateaux en chantier autour de nous, l'état du bateau est déplorable. :-(
Après trois jours de nettoyage intensif, de peinture, et une soirée mémorable avec Alberto, Esperanza et Petula, nous devons repartir sur Cangas car les filles ont une invitation à honorer.
La navigation se déroule à 8, 10 noeuds de vent. Nous l'aurons presque toujours avec nous. Nous empannerons 4 fois sans soucis et nous pouvons renouer avec le plaisir de la voile. Quetzalcoatl file à 7 noeuds de moyennen et fera une pointe dans l'entrée de Cangas à 9 noeuds. Nous enroulons le génois, mettons bout au vent, descendons la GV et rejoignons notre mouillage houleux face à la plage. Il est 3 heures de l'après-midi, il fait 30 degrés, la vie est belle quand tout fonctionne à merveille. Enfin, j'ai quand même explosé une poulie. Celle du renvois de la première bosse de ris. De toute façon, je trouvais qu'elle ne travaillait pas bien. Le boute était toujours de biais à sa sortie pour s'enrouler sur le winch du mât… Résultat, elle a explosé. Voilà qui est réglé ! Il faudra trouver un autre système. Pour le moment, profitons de cette belle journée, le tour du monde ne fait que commencer…
Découverte des moulins de Cangas
Version 16.1 last modified by Pascal Bouche on 11/07/2010 at 14:27
