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Point 2010 over our trip around the world

by Pascal Bouche on Dec 6, 2010
(in french) A l'arrivée des fêtes de fin d'année, nous avons envie de faire le point, de nous poser un instant pour regarder le chemin parcouru. Cette année 2010 fut pour nous une année de grands bouleversements et de grands changements. Après 5 années de persévérances, d'obstacles divers, de leurs résolutions au-delà de nos espérances, nous sommes arrivés à tourner cette première page qu'est la préparation d'un tel voyage pour pouvoir un jour larguer les amarres et vivre pleinement notre rêve.

Cette page, nous l'avons tourné tous ensembles le 19 avril 2010 lors du « Kenavo Party » à Locmariaquer. Le 22, nous quittions nos chères côtes bretonnes pour de nouveaux horizons...

Nous ne savons pas si ce que nous vivons est personnel ou universel mais nous vous livrons pêle-mêle quelques images sur ces 8 mois de rêve vécu. Tout d'abord, rien n'est identique à ce que nous imaginions. Savoir quelles idées nous avions sur notre voyage avant le départ est plutôt difficile. Nous cherchions une liberté, des rencontres, de l'humanité, du rêve. Dire que nous n'avons rien vécu de tout cela, serait mentir mais beaucoup d'autres choses et sentiments sont venus s'y ajouter.

Tout d'abord, ce sentiment que la misère est partout, juste à nos frontières même. Nous imaginons qu'elle est aussi présente en France mais comme habitué, nous ne la remarquions pas. Elle transpirait légèrement en Espagne où l'on nous parlait de crise économique persévérante. Trois ans que cela dure et les entreprises se réduisent, ferment laissant de plus en plus de personnes sur le carreau. Cette pauvreté nous semblait acceptable tant le niveau de vie moyen semblait proche de celui présent en France.

Arrivé au Portugal, cette pauvreté s'est révélée à nous de façon plus « misérable ». Les enfants des rues sont présents et il subsiste encore des mini bidon-villes. Ces derniers ont tendance à disparaître non pas parce que le problème est résolu mais tout simplement parce que les pouvoirs publiques les démolissent systématiquement pour des raisons « touristiques ».

Où partent les habitants de ces bidon-villes rasés ?

Nous avons eu notre premier choc par ce geste gratuit et criminel des enfants des rues à Porto qui larguèrent nos amarres vers 4 heures du matin alors que nous dormions paisiblement dans le trimaran. Nous devons notre salut à une simple « corde » passée dans un anneau au cas où… Nous sommes partis vers d'autres contrées mais les problèmes sont toujours là.

A notre arrivée à la porte de l'Afrique, nous avons découvert un peuple chaleureux, amical et plein de bonnes volontés. Certains disent que c'est leur foi en Allah qui les rendent si amicaux et serviables. Ils aiment leur pays, ne jurent que par lui et par son roi. Pourtant, lorsque nous maintenons le lien, les masques tombent. Tous veulent fuir vers l'Europe et surtout vers la France. On nous sollicite même pour trouver des épouses françaises complaisantes… 65% des enfants sont scolarisés selon l'Unicef, 95% selon l'état. Sur ces 65% qui sont plus proche de la réalité, la plupart savent juste lire et écrire. Le minimum pour pouvoir faire les boulots les plus simples sans broncher. 80 % de la population est considérée comme pauvre. Le niveau de développement de ce pays a été classé par l'ONU juste devant celui d'Haïti. Une famille vit avec moins de 200 € par mois. Bien sûr, il y a une classe riche, même très riche, et une classe moyenne. Tous ensembles, ils regroupent 20 % de la population. Ceux-là sont proches de l'européen dans sa façon de penser : ils rêvent de l' « Avoir » !

Nous avons surtout porté notre regard sur la majorité qui espère elle-aussi pouvoir « Avoir » un jour peut-être, Inch'Allah… Ne comprenant pas bien sûr que l' « Être » est l'essentiel et accessible quelque soit sa condition sociale. Il est facile de raisonner comme nous avec notre niveau de vie. Quand celui-ci frise la survie, c'est déjà moins évident.

Nous avons essayé d'aider un jeune homme rencontré sur les quai à réaliser son rêve : devenir chauffeur de poids lourd. A force de le côtoyer, nous constatons qu'il ne s'agit pas que d'une question d'argent. Il n'a jamais appris à s'organiser. Il n'a pas l'instruction pour penser par lui-même. Dans ce pays, on naît musulman sans aucun choix. On apprend le Coran par coeur que l'on récite dés 5 ans. On voue un respect inconditionnel aux parents, aux autorités et au roi. Dans tous les cas, une opposition est synonyme de coups de fouet, d'emprisonnement, voire de torture sans parler d'exécution. Ce respect ressemble à celui que l'on tente d'instaurer actuellement en France. Et pourtant, ce pays, nous l'aimons. Les paysages sont magnifiques et les gens adorables. Les femmes sont travailleuses et représentent l'avenir de ce pays surtout si on leur donne plus de liberté. Nous ne citons pas le pays car nous ne souhaitons pas focaliser vos regards sur celui-ci mais bien sur les faits qui eux sont universels.

Tout passe par l'instruction et par l'émancipation. La liberté de penser et d'agir semblent évidentes pour tous. Notre tour du monde nous montre comme quoi cette évidence est loin d'être une réalité. L'argent auquel nous n'attachions que très peu d'importance limite les plus démunis dans leurs actions les plus minimes. Un simple achat de photos pour des papiers réglementaires devient un problème. Une petite carie à une dent, même minuscule, se résout par l'arrachement systématique de la dent malade faute d'argent.

Du coup, nous sommes entourés de sourires édentés. Car oui, tous ces miséreux, ces moins que rien sourient. Ils nous invitent même à manger avec eux et à dormir chez eux.

Nous vous citerons cette simple anecdote. Nous avons été invité à passer l'Aid El-Kebir dans une famille que nous savions pauvre mais qui s'avéra être une famille pauvre parmi les pauvres. L'Aid El-Kebir est au musulman ce que la fête de Noël est au chrétien. Leur maison est située dans un quartier pauvre de la ville. Les sols sont en béton sans aucune faïence. Nous avons dormi sur de simples couvertures alors que les « un peu moins pauvre » ont au moins un petit matelas.

Pour nous loger, ils nous ont donné la salle à manger au rez-de-chaussée sans porte et dont le couloir donne sur la rue, se réservant l'étage pour eux. Nous découvrirons lors du sacrifice du mouton qui se déroula à l'étage que celui-ci n'était constitué que d'une terrasse en béton et que leur logement était fait de parpaings recouverts de taules ondulées avec des trous un peu partout. Il fait moins de 5° la nuit…

En partant, nous remercions cette famille qui nous a tous nourri et logé pendant 3 jours.

Lors d'un échange avec le chef de famille, nous lui faisons remarquer l'état d'hygiène « irréprochable » de son habitat et surtout de ses toilettes. Il se retourne vers nous et nous fait ce grand sourire que seuls les gens de ces conditions sont encore capables de faire. Un sourire immense, simple, sans truchement, sincère, venant du coeur. Et il nous confie : « Nous avons fait refaire entièrement les toilettes afin qu'elles soient parfaites pour vous, pour vous honorer de votre présence ». Cet homme qui n'a pas l'argent pour s'épargner une dent de ce sourire magnifique, a fait refaire entièrement les toilettes uniquement pour nous honorer.

Que sommes nous prêt à donner de notre personne pour honorer celui qui nous rend simplement visite ? En ce temps de fêtes, nous nous interrogeons…

Version 1.1 last modified by Pascal Bouche on 06/12/2010 at 14:38

Creator: Pascal Bouche on 2010/12/06 14:37
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